Médiation du patrimoine préhistorique via l’archéologie expérimentale sur le site du Petit-Mont en Arzon (56)
Le déplacement terrestre des blocs mégalithiques : pour une réflexion archéologique sur la mise en œuvre des architectures monumentales néolithiques
Si les monuments mégalithiques fascinent encore aujourd’hui, c’est d’abord en raison de l’incapacité que nous avons d’imaginer que des populations de la préhistoire récente aient pu extraire de carrières ou d’affleurements des blocs considérables, les déplacer parfois sur de longues distances avant de les employer dans leurs architectures monumentales. La première question qui surgit au cours de la visite d’un site mégalithique est toujours : « Mais comment ont-il fait pour déplacer de si gros blocs ? ».
Cette difficulté à accepter que les monuments mégalithiques soient, avant toute chose, des architectures complexes, alimente encore de nombreux fantasmes et idées reçues relayés par l’imagerie et la culture populaire. L’archéologie elle-même n’est pas indemne de toute responsabilité dans cet état de fait. Les quelques rares expérimentations menées en France autour du chantier mégalithique ont forgé depuis 30 ans une sorte de vulgate hissée au rang de vérité acquise.
Ce n’est que depuis peu de temps que l’archéologie envisage vraiment les monuments mégalithiques comme des objets technologiques. Or, force est de constater que la phase initiale du « chantier » mégalithique n’a laissé que peu de traces archéologiques, soit que ces traces n’existe pas, soit que les outils méthodologiques ou conceptuels utilisés par l’archéologie n’ont pas encore permis de les identifier. Les quelques rares approches récentes proposées en la matière (technologie des matériaux, etc.) relèvent plus de l’empirisme que de la méthode scientifique stricte.
Si la plupart des hypothèses concernant le déplacement des blocs mégalithiques, fonctionnent sur le papier, leur application sur le terrain, dans un cadre expérimental mettant en œuvre les technologies et outils dont disposaient vraisemblablement les populations de la préhistoire récente, fait très vite apparaître de nombreuses difficultés insoupçonnées au départ. De plus, aucune de ces hypothèses ne permet de répondre de manière convaincante au paradigme que constitue le cas du déplacement du Grand Menhir de Locmariaquer, avec ses 280 tonnes. C’est ici qu’intervient l’archéologie expérimentale dont l’objectif est d’identifier les limites, les incohérences de telle ou telle hypothèse, et permettre de réorienter les problématiques de recherche.
Une première en matière d’archéologie expérimentale : comparer 4 techniques de déplacement terrestre pour un bloc de 4,4 tonnes
Notre démarche consiste donc à déconstruire l’ensemble des chaînes opératoires nécessaires au chantier mégalithique, grâce aux méthodes et spécificités de l’archéologie expérimentale.
En 2009, l’équipe du CPIE Val de Vilaine de Saint-Just (35) a ébauché, sur le site du Petit-Mont en Arzon (56) une réflexion sur les techniques de déplacement terrestre et de manutention des blocs mégalithiques grâce à la mise en place d’une chaîne opératoire de déplacement par traction à la corde d’une pierre de 4,4 tonnes, reprenant la méthode aujourd’hui acceptée par la communauté scientifique, et la plus largement relayée dans les ouvrages de vulgarisation scientifique ou dans l’imagerie populaire. Ces expérimentations, auxquelles a participé le public, nous ont permis, confrontés à la réalité technique, de souligner leurs difficultés, les questions qu’elles soulèvent, et d’envisager d’autres pistes de réflexion, en particulier l’utilisation de « machines simples » permettant des translations au levier, par exemple.
L’originalité du projet est qu’il se déroule face et avec le grand public. Il s’agit ici de lui faire découvrir et de le faire participer à une activité de recherche scientifique en marche, en temps réel. L’archéologie expérimentale est ici placée à l’interface entre la recherche et le public… vers l’aval comme un moyen de diffusion de la culture scientifique en matière d’archéologie des mégalithes et en amont comme un moteur de recherche.
En 2010, nous proposons de mettre en place un protocole expérimental inédit, en comparant quatre méthodes ou technique de déplacement d’un bloc de 4,4 tonnes, sur un même parcours de 50 mètres aller-retour en façade principale du cairn du Petit-Mont, avec franchissement d’un micro relief correspondant à un chemin fossile.
En voici le calendrier :
• 7 juillet 2010 : traction à la corde
3 solutions de tractions à la corde vont être testées pour comparer la méthode avec différents coefficients de frottement :
- dalle directement tractée sur des rondins (traction constante)
- dalle posée sur un berceau tracté sur des rondins (traction constante)
- dalle posée sur un berceau tracté sur des rondins disposés sur des rails (traction constante)
• 30 juillet 2010 : traction à la corde et utilisation de guindeaux
- dalle posée sur un berceau tracté sur des traverses demi-ronde suifées (impulsions successives)
- dalle posée sur un berceau évoluant sur des rondins disposés sur des rails par l’utilisation de guindeaux (leviers)
• 6 août : déplacement au levier (translation latérale alternée sur rail de portage)
• 18 août : déplacement au levier (translation frontale successive par « avironage » sur rails de portage) [voir document joint].
Vu la spécificité technique de la plupart de ces expérimentations, nous souhaitons y associer un certain nombre de bénévoles. Les expérimentations des 30 juillet, 6 et 18 août, plus techniques que les simples tractions à la corde vont nécessiter la constitution d’une équipe préparée, où chacun connaîtra précisément son rôle.
Les bénévoles devront s’inscrire préalablement auprès de l’Association Nature et Mégalithes / CPIE Val de Vilaine et devront s’acquitter, pour des raisons de responsabilité et d’assurance, de la cotisation annuelle au CPIE Val de Vilaine (10,00 €). Ils seront convoqués en fonction de leur disponibilité et en fonction des besoins spécifiques en main d’œuvre de l’une ou l’autre des expérimentations. Une journée de présentation est programmée à Saint-Just le vendredi le 25 juin à 18h30, afin d’expliquer les différentes expérimentations, d’informer et sensibiliser l’ensemble des participants sur les opérations envisagées (sécurité, organisation et conduites des expérimentations, etc.) et de répartir les rôles en fonctions des envies et compétences de chacun.
Les bénévoles souhaitant participer à l’une ou l’autre de ces journées d’expérimentation devront se rendre sur le site du cairn du Petit-Mont en Arzon (56) par leur propres moyens, les frais de déplacement restant à leur charge. Nous essaierons au maximum de favoriser le covoiturage. De même il vous est demandé de prévoir votre pique-nique. L’accès au site du Petit-Mont sera évidemment gratuit pour les bénévoles inscrits. Une visite guidée du cairn du Petit-Mont sera proposée à ceux qui le souhaitent.
Les médiateurs du CPIE Val de Vilaine seront présents sur le site dès la veille de chaque expérimentation pour la préparer. Si certains bénévoles veulent nous rejoindre, ils sont les bienvenus. Les 4 journées d’expérimentation face au public s’organiseront sur la manière suivante :
- 10h00 – 12h00 : préparation technique de l’expérimentation, répartition des rôles, répétition éventuelle.
- 14h00 – 18h00 : expérimentation proprement dite face et avec la participation du public.
Cette action est portée par le Département du Morbihan en partenariat avec l'Association Nature et Mégalithes / CPIE Val de Vilaine de Saint-Just (35) et soutenue par la Région Bretagne
Pour tous renseignements et inscriptions : cyrille.chaigneau.cpie@orange.fr